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Dimanche 25 novembre 2018, à 23h08
Ils nous ont dit "On n'avait pas réalisé que vous étiez à ce carrefour de vos vies. C'est fou, vous êtes à un moment magique où vous pouvez décider de tout ce que vous voulez".

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On a passé le weekend à visiter, à essayer d'imaginer à quoi pourraient ressembler nos vies dans cet autre pays et dans cette autre ville, où l'on peut se promener au bord du lac à pied en partant du centre-ville et se retrouver à la campagne en quinze minutes à vélo. On a vadrouillé dans différents villages pour sentir les ambiances, se faire une idée de ce que l'on aimerait peut-être trouver, un jour, si on déménageait ici.

Je ne vais pas mentir, je n'ai pas eu l'illumination voulue en me disant "c'est bon, c'est sur, c'est ici que je veux vivre". Le premier jour, j'ai même carrément paniqué. Alors qu'on parlait de cette destination depuis plusieurs mois, je me suis enfin renseignée sur la politique, les droits sociaux et la culture du pays et j'ai eu peur de perdre en qualité de vie. Moins de vacances, pas de congé paternité, plus de frais de santé... on est quand même sacrément bien lotis en France en comparaison et je risque de perdre au change.

J'ai mal dormi la nuit, puis le lendemain j'ai demandé à ce qu'on arrête de réfléchir et qu'on parte découvrir la région. En visitant les villages dans la campagne, l'inquiétude s'est peu à peu amenuisée. Elle n'a pas complètement disparu mais j'ai vu les côtés positifs : je me suis imaginée dans une maison avec un jardin tout en étant à trente minutes du bureau, en allant me baigner dans le lac en été, me promener dans les vignes le soir après le boulot, ou faire des balades à vélo dans les bois, et... oui, c'est sur, la vie là-bas ne serait pas parfaite, mais est-ce que je ne suis pas prête à sacrifier certaines choses pour ce quotidien là ? Ca vaut sûrement le coup de tester.

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Liée au déménagement, il y a la question du travail. Puisque je serai obligée d'en changer, j'aimerais trouver un boulot qui me donnera envie de me lever tous les matins et qui aura du sens. J'adorerais travailler dans la distribution éco-responsable, faire un geste pour la planète, aider à réduire les déchets... ou dans un autre registre, il y a aussi l'idée de travailler dans le tourisme ou le sport, qui sont des secteurs qui me tiennent à coeur... mais dans les deux cas, il y a peu de chances que je trouve le job idéal. Les premières offres que je regarde ne m'emballent pas.

Au deuxième plan, il y a l'envie d'un rythme plus tranquille pour pouvoir mieux profiter du quotidien, pour prendre plus de temps pour moi... mais là non plus, ce n'est pas évident.

Papa me conseille de garder (au moins au début) un poste qui ressemblera à celui que j'ai actuellement pour avoir un peu de stabilité, et être sure que ça me plaira un minimum, mais j'ai peur que si je ne saute pas le pas maintenant, je ne le ferai jamais. Je ne fais que repousser le problème : il faudra bien un jour que je sache ce que j'ai réellement envie de faire.

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Dans les grands choix de vie, enfin, il y a la question d'être parents. Avec la réalisation que je vais avoir trente-deux ans dans quelques mois et que je n'ai pas envie d'attendre trente-quatre ou trente-cinq ans avant de me reposer la question, finalement. On s'était dit à la rentrée que ce n'était pas le moment, que notre priorité était de déménager et qu'il ne fallait pas tout envisager en même temps. La décision était prise : pas de bébé pour le moment. Et puis je ne sais pas trop comment, l'idée a resurgi. Sans se concerter, V. en a parlé avec ses collègues un midi pendant que moi, le même soir, j'en parlais avec une de mes copines future-maman, qui me montrait les avantages à avoir un bébé maintenant.

On en a discuté pendant plusieurs semaines, j'ai lu des articles, j'ai en ai parlé à des gens autour de moi. Tous les signaux allaient dans le même sens : c'est une idée tellement vertigineuse de vouloir créer un petit être humain, il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient parfaitement réunies, sinon on ne le fait jamais. J'ai commencé à me faire à l'idée, j'ai senti un déclic opérer...

Et puis la petite voix raisonnable dans ma tête s'est réveillée. C'est venu brutalement, lors d'une discussion avec V. où on pesait les pour et les contre. Il a dit quelque chose et j'ai tilté que V. n'était pas encore prêt à être père de famille. Tout d'un coup je me suis sentie idiote d'avoir pu imaginer que c'était possible, et naïve d'en avoir parlé à d'autres gens. Le fait d'en avoir parlé rend l'idée beaucoup plus difficile à oublier...

Mais bien sur, la petite voix a raison, ce n'est pas le moment. "Je vais avoir trente-deux ans dans quelques mois et j'ai réalisé que je n'ai pas envie d'attendre trente-quatre ou trente-cinq ans avant de me reposer la question, finalement"... mais c'est pourtant ce qu'il va falloir faire. Cette décision a un goût de sacrifice. Je ne dis pas que j'aurais été réellement prête à avoir un enfant *tout de suite* mais je l'aurais surement été d'ici six mois. Alors je n'arrive pas à me faire à l'idée ; dès que je pense au déménagement, je pense à ce qu'on met de côté pour le faire. C'est loin, deux ans...

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Ils nous ont dit "On n'avait pas réalisé que vous étiez à ce carrefour de vos vies. C'est fou, vous êtes à un moment magique où vous pouvez décider de tout ce que vous voulez".

Ils ont raison, je vois la magie dont ils parlent : le côté incroyable de pouvoir imaginer tout ce que l'on veut et de le rendre possible. C'est la première fois que je suis à ce stade de ma vie. C'est comme si on nous avait donné une grande baguette magique et le droit de nous en servir pour changer tout le décor autour de nous. Hop ! On peut décider l'été prochain d'aller dans un nouveau pays, louer une maison, se faire embaucher par de nouvelles entreprises, chercher de nouveaux amis, faire un bébé...

Mais je réalise qu'en fait, je n'aime pas trop l'idée de bouleverser autant mon quotidien. Oui, bien sur, j'adorerais habiter dans une maison, aller à la montagne les weekends, et je sais que j'aimerais un jour être maman. Mais je connais aussi la valeur de l'équilibre que je me suis construit ici, à Paris, et je n'ai pas envie de prendre le risque de tout perdre en allant trop vite. V. et moi, on ne fonctionne pas pareil. Il fonce tête baissée dans tous ses projets et a l'habitude de tout abandonner s'il réalise qu'il s'est trompé. Mais je ne suis pas comme ça. J'ai besoin de stabilité, d'avancer doucement mais surement dans la direction que j'ai choisie. Les remous, les vagues et les crises, ce n'est pas mon truc.



Ils nous ont dit "Vous êtes à un noeud où tout est possible."

On a une feuille blanche devant nous et on peut décider de dessiner tout ce que l'on veut. En théorie, ce devrait être exaltant. En réalité, je suis pétrifiée.
Plus j'y réfléchis et plus je me sens piégée dans des choix qui ne m'appartiennent pas totalement. Dans le croquis qui se dessine, je vivrai certes plus près de la nature mais j'aurai probablement moins de vacances, je continuerai à travailler beaucoup, et je n'aurai pas d'enfant avant plusieurs années.
Je n'ai pas envie d'y aller. Et en même temps, je ne vois pas d'alternative ?



(P.S. : désolée petit blog, je ne t'ai pas souhaité ton anniversaire le mois dernier. Happy fourteenth! <3)